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Retours d'expérience

Ils sont passés par la prépa

Cinq parcours, cinq histoires, cinq visions différentes des classes préparatoires. Des témoignages authentiques pour vous aider à y voir plus clair.

Chaque année, plus de 80 000 étudiants intègrent une classe préparatoire. Leurs parcours sont aussi variés que leurs personnalités. Nous avons recueilli les témoignages de cinq anciens élèves aux profils très différents — pour vous montrer qu'il n'existe pas un seul chemin vers la réussite.

AM

Alexandre Morin

MP* — Louis-le-Grand

École polytechnique (X)Promotion 2024

La prépa m'a appris que l'intelligence ne suffit pas — c'est la régularité et l'humilité qui font la différence.

Quand je suis arrivé en MPSI à Louis-le-Grand en septembre 2021, j'étais persuadé que mes facilités au lycée suffiraient. Premier DS de maths : 6/20. Un véritable choc. Autour de moi, tout le monde semblait comprendre plus vite, aller plus loin. J'ai sérieusement envisagé de partir dès la Toussaint.

Ce qui m'a sauvé, c'est un prof de physique qui m'a pris à part après un cours. Il m'a dit : « Tu as le potentiel, mais tu n'as pas encore appris à travailler. » Cette phrase a tout changé. J'ai compris que la prépa, ce n'est pas un sprint pour les génies — c'est un marathon pour les obstinés.

J'ai mis en place une routine stricte : lever à 6h30, deux heures de travail personnel avant les cours, relecture systématique le soir même. J'ai arrêté de me comparer aux autres et j'ai commencé à me comparer à moi-même d'il y a une semaine. Les progrès sont venus lentement, puis d'un coup. En sup, je suis passé de 6 à 14 de moyenne en maths entre septembre et juin.

La spé en MP* a été un autre palier. Le niveau monte encore, les concours approchent, le stress s'installe. J'ai connu des moments de doute profond, notamment en janvier de ma deuxième année où j'ai fait un blocage complet sur un sujet d'oral blanc. Mon conseil le plus important : n'ayez pas honte de demander de l'aide. J'ai consulté la psychologue scolaire pendant deux mois, et ça m'a permis de gérer la pression des concours.

Le jour des résultats de l'X, je n'y croyais pas. Pas parce que je n'avais pas travaillé, mais parce que j'avais appris à mesurer la part d'incertitude dans tout concours.

Mes conseils concrets : — Ne sous-estimez jamais les petits exercices d'application. Aux concours, ce sont eux qui font la différence entre les candidats, pas les questions « étoilées ». — Trouvez un binôme de travail fiable. Mon binôme et moi, on se faisait des colles mutuelles chaque dimanche. C'est ce qui a consolidé ma compréhension des cours. — Prenez soin de votre sommeil. J'ai essayé les nuits blanches en sup. Résultat : deux semaines perdues à rattraper. Sept heures minimum, c'est non négociable. — Gardez une activité physique. Je courais trois fois par semaine, même 30 minutes. Ça m'a maintenu sain d'esprit.

La prépa n'est pas un chemin facile, même à LLG. Mais si vous êtes prêts à accepter l'inconfort et à vous remettre en question chaque jour, vous en ressortirez transformés — quelle que soit l'école que vous intégrerez.

CD

Camille Durand

BCPST — Lycée Clemenceau, Nantes

VetAgro Sup (École vétérinaire de Lyon)Promotion 2023

On m'avait dit que sans Paris, je n'y arriverais jamais. J'ai prouvé le contraire depuis Nantes.

Quand j'ai annoncé en terminale que je voulais faire véto, tout le monde m'a dit la même chose : « Il faut aller à Paris, à Henri IV ou à Sainte-Geneviève. » Mes parents n'avaient pas les moyens de me payer un logement parisien, et honnêtement, l'idée de quitter ma famille et mes amis à 17 ans me terrifiait. J'ai choisi Clemenceau à Nantes, et c'est la meilleure décision que j'ai prise.

En BCPST, le programme est dense : maths, physique-chimie, SVT, français, langues vivantes, et surtout des TP interminables mais passionnants. Ce qui m'a frappée à Clemenceau, c'est la proximité avec les profs. On était 45 en classe, pas 48 comme dans certaines prépas parisiennes, et les professeurs connaissaient chacun d'entre nous par notre prénom dès octobre. Quand j'avais du mal en physique — ma bête noire — mon prof me proposait des exercices supplémentaires adaptés à mes lacunes. Essayez d'obtenir ça dans une usine à concours.

Le cadre de vie aussi, ça compte. Je rentrais chez mes parents chaque week-end. Je mangeais bien, je dormais dans mon lit, j'avais mon chat sur les genoux en révisant la géologie. Ça paraît anecdotique, mais quand vous êtes en prépa et que le stress monte, avoir un environnement stable fait toute la différence. Plusieurs de mes amis montés à Paris ont craqué nerveusement en cours d'année.

Ma méthode de travail en BCPST : les fiches. Des centaines de fiches. En SVT, j'avais un système de fiches par organe, par mécanisme, par espèce. En physique, des fiches par type de problème avec la méthode de résolution associée. Je les relisais dans le tram, à la cantine, avant de dormir. La répétition espacée, c'est la clé en BCPST où le volume de connaissances est colossal.

Pour les TP, mon conseil : ne négligez jamais les comptes rendus. Aux concours, l'épreuve de TP est souvent discriminante, et c'est là que les étudiants de province brillent, car nos profs prennent le temps de nous former rigoureusement.

J'ai intégré VetAgro Sup du premier coup, classée dans les 200 premiers au concours agro-véto. Pas besoin d'être à Paris. Pas besoin d'un internat prestigieux. Il faut une méthode, de la constance, et un environnement où l'on se sent bien.

À ceux qui hésitent entre une prépa de province et Paris : visitez les deux, parlez aux élèves sur place, et choisissez l'endroit où vous vous sentez capables de donner le meilleur de vous-mêmes pendant deux ans. Le classement de la prépa compte beaucoup moins que votre engagement personnel.

TB

Théo Blanchard

ECG — Lycée Ampère, Lyon

EDHEC Business SchoolPromotion 2025

J'ai cubé, et je referais exactement le même choix. Cette troisième année m'a apporté bien plus qu'une école.

Autant être honnête d'emblée : j'ai fait trois ans de prépa ECG. Deux ans et demi, en réalité, si on compte le fait que j'ai sérieusement hésité à tout arrêter en 5/2. Et aujourd'hui, je suis à l'EDHEC, heureux, et je ne regrette rien — pas même le cube.

Ma première année en ECG s'est bien passée. Options maths appliquées et géopolitique, ambiance sympa à Ampère, bons profs. Je bossais régulièrement, j'avais des notes correctes. En deuxième année, j'ai visé HEC et l'ESSEC. Résultat : sous-admissible à l'ESSEC, admissible nulle part ailleurs dans le top 5. J'ai intégré une école du milieu de tableau, mais au fond de moi, je savais que je pouvais faire mieux.

La décision de cuber n'a pas été facile. Mes parents étaient inquiets. Mes amis partaient en école. Sur les réseaux sociaux, tout le monde célébrait ses admissions pendant que moi, je me réinscrivais en prépa. Le regard des autres, c'est le plus dur à gérer quand on cube.

Mais cette troisième année a été extraordinaire. D'abord, parce que je connaissais le programme sur le bout des doigts. Je n'avais plus besoin de comprendre, je pouvais approfondir. Mes dissertations de géopolitique sont passées d'un niveau « bon élève » à un niveau « candidat qui a une vraie pensée personnelle ». En maths, j'ai attaqué des sujets HEC des dix dernières années avec méthode, et j'ai fini par comprendre la logique derrière les exercices les plus tordus.

Ensuite, humainement, le cube m'a forgé. J'ai appris la résilience, la capacité à encaisser un échec et à se relever. À 20 ans, c'est un cadeau inestimable. En entretien de personnalité à l'EDHEC, quand on m'a demandé de parler d'un échec, j'avais une réponse authentique et construite. Le jury a apprécié.

Mes conseils pour ceux qui hésitent à cuber : — Soyez honnêtes avec vous-mêmes : est-ce que vous avez vraiment donné le maximum l'année précédente ? Si oui, un cube risque de ne pas changer grand-chose. Si non, foncez. — Changez quelque chose dans votre méthode. Refaire exactement pareil en espérant un résultat différent, c'est absurde. Moi, j'ai pris un prof particulier en maths et j'ai rejoint un groupe de travail pour les oraux. — Ne vous isolez pas. Rejoignez les nouveaux carrés, participez à la vie de classe. Le cube solitaire dans son coin, c'est la recette du burnout. — Fixez-vous un objectif clair et des paliers intermédiaires. Mon objectif : top 5. Mes paliers : telle note aux concours blancs de novembre, telle note en janvier.

Le cube n'est pas un échec. C'est un choix stratégique qui demande du courage. Et l'EDHEC, franchement ? Meilleure décision de ma vie.

IK

Inès Khelifi

B/L (Lettres et Sciences sociales) — Lycée Lakanal

ENS de LyonPromotion 2024

La B/L, c'est la prépa dont personne ne parle mais que tout le monde devrait connaître.

Si on m'avait dit en terminale que j'allais faire une prépa où l'on étudie à la fois les maths, la sociologie, la philosophie, l'histoire, l'économie et les langues, je n'y aurais pas cru. Et pourtant, c'est exactement ce qu'est la B/L — et c'est ce qui en fait la filière la plus riche et la plus stimulante des classes préparatoires.

J'ai découvert la B/L un peu par hasard, lors d'une journée portes ouvertes à Lakanal. J'étais bonne élève en terminale, avec un profil très « touche-à-tout » : passionnée par les sciences sociales, solide en maths, amoureuse de la littérature. La B/L semblait faite pour moi, et elle l'était.

Le programme est exigeant, c'est vrai. Six ou sept matières à travailler en parallèle, des coefficients qui varient selon les concours, et la sensation permanente de ne jamais en faire assez. Mon premier semestre, je courais dans tous les sens. La clé, je l'ai trouvée en acceptant que je ne pouvais pas être excellente partout en même temps. J'ai établi des priorités par période : un mois de focus intensif sur les maths, puis les sciences sociales, en maintenant les autres matières à flot.

Ce qui rend la B/L unique, c'est la transversalité. Quand vous étudiez Bourdieu en sociologie, que vous analysez les inégalités en économie et que vous lisez Balzac en littérature, tout se connecte. Vous développez une pensée véritablement pluridisciplinaire que peu de formations offrent. En khôlle de philo, j'utilisais des concepts de socio. En dissertation d'histoire, j'intégrais des analyses économiques. Les examinateurs aux concours adorent ça.

L'ENS Lyon, c'était mon rêve. Le concours BEL est redoutable : les épreuves sont longues, exigeantes, et la concurrence est rude. Je me souviens de l'épreuve de sciences sociales — six heures à disserter sur un sujet qui croisait sociologie et économie. J'en suis sortie vidée mais convaincue d'avoir donné mon meilleur.

Le jour des résultats, en voyant mon nom sur la liste, j'ai pleuré. Pas seulement de joie, mais de soulagement — deux ans d'efforts intenses qui trouvaient enfin leur récompense.

Mes conseils pour la B/L : — Lisez énormément, au-delà du programme. Les correcteurs repèrent immédiatement un candidat qui a une culture personnelle riche. Je lisais Le Monde diplomatique, des essais de socio, des romans contemporains. — Travaillez vos maths. Beaucoup de littéraires délaissent les maths en B/L, c'est une erreur stratégique. Les maths ont des coefficients importants et c'est là que vous pouvez faire la différence. — Allez aux concours de la BCE aussi. La B/L ouvre les portes des écoles de commerce, de Sciences Po, des IEP. Ne vous fermez aucune porte. — Créez des groupes de travail interdisciplinaires. Avec trois camarades, on se retrouvait le samedi pour croiser nos approches sur des thèmes communs. C'est ce qui a nourri ma pensée.

La B/L est exigeante, mais pour les esprits curieux qui refusent de choisir entre les lettres et les sciences, c'est un parcours exceptionnel.

LP

Lucas Petit

MPSI — Lycée Fermat, Toulouse

Licence de Mathématiques, Université Paul SabatierRéorienté en janvier 2024

Quitter la prépa n'est pas un échec. C'est parfois la décision la plus intelligente que vous prendrez.

Je sais ce que vous pensez en lisant mon profil : « Encore un qui n'a pas tenu le rythme. » Et vous avez partiellement raison — je n'ai pas tenu le rythme. Mais pas parce que je n'en étais pas capable. Parce que ce rythme n'était pas fait pour moi, et qu'il m'a fallu du courage pour l'admettre.

J'ai intégré la MPSI à Fermat, à Toulouse, avec d'excellentes notes au bac et une vraie passion pour les maths. Les trois premiers mois se sont bien passés. J'aimais le contenu, les démonstrations élégantes, la rigueur intellectuelle. Mais très vite, j'ai réalisé que ce qui me plaisait, ce n'était pas la course aux concours — c'était les mathématiques elles-mêmes. L'idée de passer deux ou trois ans à bachoter pour un classement me déprimait profondément.

En novembre, les premiers signes sont apparus. Je n'arrivais plus à dormir la veille des DS. Je passais mes week-ends à travailler sans plaisir, par obligation. Le dimanche soir, j'avais une boule au ventre. Pas à cause de la difficulté — à cause du sentiment d'être dans un système qui ne me correspondait pas.

J'ai parlé à mes parents pendant les vacances de Noël. Ma mère a pleuré. Mon père m'a demandé si je n'abandonnais pas trop vite. Mes profs m'ont dit que c'était dommage, que j'avais le niveau. Et tout ça était vrai. Mais j'avais aussi le droit de choisir un chemin différent.

En janvier, je me suis inscrit en L1 de mathématiques à Paul Sabatier, à Toulouse. Le contraste était saisissant. En prépa, chaque minute était programmée. À la fac, personne ne vous surveille. J'ai dû apprendre l'autonomie, et ça n'a pas été immédiat. Mon premier semestre de L1, je l'ai validé avec mention, mais j'ai aussi découvert la procrastination — un luxe que la prépa ne m'avait jamais accordé.

Ce que la prépa m'a apporté, même en seulement quatre mois : une capacité de travail, une rigueur dans le raisonnement, et une résilience que mes camarades de fac n'avaient pas. Quand ils paniquaient avant les partiels, moi j'étais serein — j'avais connu bien pire en DS de maths à Fermat.

Aujourd'hui, je suis en M1 de mathématiques fondamentales. Je fais de la recherche, j'ai publié un premier article avec mon directeur de mémoire, et j'envisage une thèse. La prépa m'aurait mené vers une école d'ingénieurs. La fac m'a mené vers ma vocation.

Mes conseils pour ceux qui envisagent de quitter la prépa : — Attendez au moins la Toussaint avant de prendre une décision. Les premiers mois sont durs pour tout le monde. Si en janvier le malaise persiste, c'est un signal sérieux. — Renseignez-vous en amont sur les passerelles. Les équivalences prépa-université existent, et vos semestres validés en CPGE comptent. — Parlez-en à quelqu'un de neutre : conseiller d'orientation, psychologue scolaire, ancien étudiant réorienté. Vos profs de prépa, aussi bienveillants soient-ils, ne sont pas toujours objectifs. — Ne laissez personne vous culpabiliser. La prépa est un excellent parcours, mais ce n'est pas le seul. Et quitter la prépa pour s'épanouir ailleurs, c'est un acte de maturité, pas de faiblesse.

Je suis la preuve vivante qu'on peut passer par la prépa, la quitter, et être parfaitement heureux de son parcours.

Et vous, quel sera votre parcours ?

Que vous visiez Polytechnique ou que vous hésitiez encore, PrepVie vous accompagne dans votre réflexion.